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Retrait.

17 février 2015

Comme toute chose authentiquement belle et indemne, pour rester indemne, je devait fuir. Rester dans ce rapport de profonde gratuité vis à vis de ma vie, n’en pas faire ni une marchandise ni un commerce; rester digne, impassible face à la destruction. Sans refuge possible, nu comme un nouveau-né; usé comme un centenaire.

Fuir dans un retrait faisant espace/place au suivant, aux prochains. Refuser obstinément d’occuper tout le terrain. En tête mais pas au commencement. Laisser l’histoire passer par dessus sans quitter le front. Ne pas être dans un rapport marchand, ne pas être dans un rapport de pouvoir.

Désincrit du temps, désincrit du tableau d’honneur. Par un placement hors du jeu sans être hors-jeu. Un centrage par auto-absorption permettant toutes les semailles. Sans jamais être la moissonneuse. Se retirer de soi-même en soi-même, laisser autant de jeu que possible, laisser la partie se faire, se déployer au soleil. Abscence dans la présence. Absence de sa propre présence même. Absence à soi pour être à sa place, soi.

Laisser l’inspiration venir en apesanteur, refuser la décision partout; que la partie continue, coup après coup. Que chaque entre-coup soit espace favorable à l’imprévisible, au plongeon dans une mine d’or. Qu’ainsi chaque creux, chaque trou soit un possible et non pas une fin. Faire en sorte que cette pulsation soit un lieu de retour et de départ sans être une tombe. Même mort que la pulsation soit. Il n’y a ni avant moi, ni après moi, comme une armée sans avant-garde ni personne pour fermer la marche.

Se situer dans un continuum temporel n’a aucun sens. Il y a l’accompli qui peut très  bien appartenir au futur, faire ce qui fait que quelque chose est déjà fait dans le futur. Et l’inaccompli encore dans le passé parceque quelque chose n’est pas achevé et inversement. L’inaccompli peut être un présent, ce qui se passe ici maintenant,  et être un futur, ce qui n’est pas encore finalisé.

Par cette absence de soi à soi, en étant personne on est Une personne, et cette absence créatrice d’une Personne, absence créant un vide pour l’expansion, l’existence d’autres personnes donc, de ces mêmes vides créateurs potentiels on accompli une  présence qui s’enroule d’une personne à l’autre pour assurer une survie de Personne. Sans connaitre qui que ce soit nommément sans inscription dans l’histoire  on entre dans la ronde éternelle des âmes, dans le souvenir évanescent de tous.

Sans cela tout être humain est un travestissement, vit pense dort rêve comme une bête sauvage. Le plein qui le submerge l’étouffe et l’anéanti, il le contient par la manducation du monde, des êtres et des choses. Il ne fait que porter un uniforme, une matraque, un casque et un flingue.

Pourtant cette absence à soi est intrinsèque à l’homme, immanente et c’est tout le travail de la modernité d’empêcher la présence de l’absence, de remplir sans fin les ventres et les crânes, d’en faire des poubelles pour que plus jamais la parole, la création, la personne ne viennent perturber la machine de  destruction, le mal à l’état le plus pur jamais vu de mémoire d’homme, le monde légal actuel, meurtre et crimes innommables permanents. Il n’y a plus de vrais cimetières, ce lieu où on continuait à vivre, même la mort est annihilée.

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